Henry Miller et la confortable atrocité de l’American Way of Life

Jackson Pollock, "Convergence", 1952

Lorsque la guerre le force à quitter la Grèce et l’Europe, Henry Miller découvre une Amérique pire que celle qui habitait ses souvenirs. Si la critiques qu’il lui adressera prendra beaucoup de formes, elle se penche globalement sur le mode de vie américain et sur ses obsessions du travail, du confort et de la possession matérielle. Derrière les progrès de ce nouveau monde et de ses marchandises standardisées, il perçoit tout le chaos de la destruction de l’art et de l’humanité. Si cette expansion de la civilisation américaine dont Miller se fait le témoin ne précipite peut-être pas tout à fait l’essor d’une nouvelle barbarie, au moins est-elle le ferment d’un indéniable cauchemar climatisé.

« J’ai eu l’infortune de me nourrir des rêves et des visions de grands Américains : de poètes et de voyants. C’est une autre race qui l’a emporté. Ce monde qui se forme me fait peur. Je l’ai vu germer ; je puis le déchiffrer comme un calque. Ce n’est pas un monde où j’ai envie de vivre. C’est un monde fait pour des monomaniaques obsédés par l’idée de progrès… mais d’un faux progrès qui pue. C’est un monde encombré d’objets inutiles que, pour mieux les exploiter et les dégrader, on a enseigné aux hommes et aux femmes à considérer comme utiles. Le rêveur aux songeries non utilitaires n’a pas de place dans ce monde. En est banni tout ce qui n’est pas fait pour être acheté et vendu, que ce soit dans le domaine des objets, des idées, des principes, des espoirs ou des rêves. Dans ce monde, le poète est un anathème, le penseur, un imbécile, l’artiste, un fugitif, le visionnaire, un criminel. »

Henry Miller, Le cauchemar climatisé (1945)
Traduit par Jean Rosenthal

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Rédigé par
Cédric Vallet
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