« Il y a un temps pour tout »

il y a un temps pour tout
Plan du film "Les Temps modernes", de Charlie Chaplin, 1936

Un temps pour tout, tout pour le temps : postulat de nos existences savamment réglées depuis que l’organisation de nos emplois-du-temps est tout entière tournée vers notre contribution à la production commune, contribution qui n’a pour nous d’autre intérêt que de nous hisser vers le privilège d’un temps libre chargé des promesses les plus larges.

La physique s’est donné les lois de la relativité générale pour s’ériger en science de l’espace-temps. L’économie s’est donné les lois de la productivité générale pour s’ériger en science de l’échange-temps.

Ainsi, le temps du travail n’est pas celui du loisir et l’un n’existe pas sans l’autre. Pourquoi travailler si ce n’est pour gagner le droit au loisir ? Comment gagner ce droit si ce n’est en travaillant ?

Le temps que l’on dit « libre » est un temps qui s’achète et se dépense, la monnaie de singe d’une société bâtie autour de la marchandise. Matière transformée de notre labeur et matière première de notre divertissement, il nous plonge dans une dialectique de consommateurs consommés. Et pendant que nous faisons besogneusement le tour de notre cadran, les horlogers de notre univers ressassent avec entêtement les psaumes autoréalisateurs de leur secte capitaliste.

Le temps, c’est de l’argent, récite le chœur chronocratique assis sur son butin d’heures ensanglantées.

Pour tous les autres, ce temps-là est une gangrène qui ronge petit à petit leur être en puissance et amoindrit leur existence.

Donc, à tous ceux-là, il ne faut pas dire que le temps est la condition de tous les possibles. À tous ceux-là, il ne faut pas dire que le temps est la forme de la liberté. Non, à tous ceux-là, il faut dire qu’il y a un temps pour tout et que les Grands Horlogers ont si bien fait les choses qu’ils ont justement trouvé dans leur temps de la place pour tout. Autant dire de la place pour rien…

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Rédigé par
Julien Chabbert
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