Jeux floraux XXI

Mark Rothko, sans titre, 1952-1953

Toute la ville
Est en feu !

Dans l’air, sur les murs
Entre chaque brique
Et derrière toutes les pierres
Le même souffle aride,
La même tyrannie
D’Enfer et de souffre :
Celle de l’incandescence.

Je m’effondre sous les coups
Des rayons-matraques exsangues
Alourdis par la conglomération
De ces résidus de soleil
Pesant sur mes épaules
Et figurant sur mon visage
Les rougeurs macabres
D’étoiles mourantes
Préfigurant une supernova,
Préfigurant un désert irradié.

Je m’effondre
Dans le trop-plein de lumière
Et ressuscite
Dans l’ombre et la nuit profonde.
J’y revis,
J’y danse en damné, en possédé,
J’y exorcise
Ma langueur inféconde du jour,
J’y crève
La lune, y presse la Voie lactée,
Je m’y épuise
En mouvements répétés et discoordonés,
J’y défie
Les heures, déjà prêt à leur céder
Et, perdant toute notion
De mon corps et de ma conscience,
Je change d’état,
D’être, de nature et de perspectives
En recevant
En moi cette fusion définitive.

Et je pense au souffle chaud et sec de l’autan
Qui évente ma figure ivre des couleurs de la canicule
Comme le frère du vent de la nuit qui abreuve
Les personnages d’Un thé au Sahara de Paul Bowles.
Et le soleil agit tel le grand purificateur
Qu’il se sait être, écrasant toute opposition agitée,
Condensant l’air ambiant à en faire du plomb,
Jetant sa radiance comme on jette du sable aux yeux.

Toute la ville
Est en feu ;
Toulouse gît
Dans un grand bain
D’incandescence

Et c’est pourquoi la nuit m’est un refuge
Et que les grondements porteurs de pluie
(Qu’elle soit orage, mousson ou déluge)
Me susurrent les promesses d’un retour à la vie.

Un retour à la vie…
Où trente degrés tamisés d’ombre
Et les murmures du vent
Suffisent à paraître une accalmie.

Si la chaleur n’est plus étuve,
Brasier mais seulement chaleur
L’été métamorphosera ses coups
En une étreinte douce, lascive
Et les interminables incendies diurnes
Pourront redevenir « Les beaux jours »

… Les plus beaux des jours…

Fin juillet, début août 2020

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Rédigé par
Cédric Vallet
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