Jeux floraux, XXII

Albrecht Dürer, "Vue de Trente", 1494

L’averse résonne sur la toiture
Comme si les montagnes la chahutaient
Mais l’intérieur maintient sa chaleur ;
Ni la pluie ni le froid n’auront raison
De la joie humaine qui embrase la pièce.

Le ciel est bas et recouvre toute la chaîne.
Nous ne pouvons nous abreuver de la neige
Qui sertit les plus hauts sommets pyrénéens
Dans le mystère grisâtre, le silence nébuleux,
Qui s’étend là où naissent rivières et vallées.
Il faudra attendre qu’une accalmie s’impose,
Qu’une éclaircie cisaille le ciel de sa force
Pour deviner ce blanc fleurissant de la roche.

Sur la table, le pain, le jambon et le fromage
Équilibrent le vin, le chou-fleur et les pommes ;
Le dîner est simple, le dîner est copieux.
Il transporte notre abris contre la pluie
Jusqu’aux sentiers permettant de gravir les pics
Pour nous donner l’illusion d’occuper un refuge
Protégeant les âmes égarées arpentant la montagne,
Bravant les temps mauvais comme un bateau sur l’océan
Franchit les vagues et les vents au cœur d’une tempête.

Et le soir sera doux contre ce froid précoce
Et notre sommeil sera riche des images
Des premiers contreforts verts des Pyrénées,;
Des villages du Couserans aux volets colorés,
Du Château comtal guidant Foix dans le crépuscule,
Des flocons sybillins dansant dans le secret d’un ciel voilé
Et du vent déchirant les premières feuilles de l’automne
À en dessiner des mandalas orangés sur le sol
Que le retour du soleil couronnera d’arcs-en-ciel.

Foix, nuit du 26-27 septembre 2020

Partager
Rédigé par
Cédric Vallet
Voir tous ses articles
Laisser un comentaire

Rédigé par Cédric Vallet