Jeux floraux, XXV

August Macke, "Jardin en bordure du lac de Thoune", 1913

L’accolade du cèdre de l’Himalaya
En entrant dans le Grand Rond
Et le soleil qui s’engouffre
Dans chaque rue de la ville
Comme sous toutes les peaux
Ne sont que les prémonitions
Déjà vibrantes, déjà chaudes,
De ces tatouages hâlés
Que l’été apposera
Sur nos corps avides
Pareilles aux courbatures
Qui dévorent les muscles…

Ce qu’elles sont lointaines
Ces pensées enthousiastes
Et ce naïf emballement
Que mes rétines aspirèrent
Aveuglées par les parures
Que les branches se tressèrent
Dans le secret d’un printemps volé
Et exposaient à mes yeux grisés.
Par bribes, j’attrapais ces éclats vifs
De la façade de la prison Saint-Michel
À l’ombre des allées François Verdier
Sous le filtre de mes lunettes noires.

Toulouse rouvrait à peine
Pour découvrir que l’été
Ne demandait qu’à jaillir
Et irradier ses briques
Et irradier ses tuiles.
Toulouse rouvrait à peine
Et la Garonne coiffait
La majesté de ses rives
Du vert profond des branches
Que l’autan agitait pour elle.
Toulouse rouvrait à peine
Et, quoi qu’un peu titubante,
Se jetant entière dans le solstice,
La ville souriait franchement
Au-dessus de sa gueule de bois.

Ce qu’il est distant ce temps,
Ce temps qui courait à Messidor
Et repoussait chaque jour un peu plus
L’incertain territoire de la nuit.

En pénétrant dans le Grand Rond aujourd’hui,
Je trouvais la pâleur automnale, son tapis brun
Et les ballets obituaires des feuilles.
L’accolade de l’imposant cèdre de l’Himalaya
S’accompagnait de cônes mûrissant entre ses épines.
Je m’approchais de la grande fontaine vide
Et percevait les allées Ravanel se jetant au Sud
Au-delà des grilles et de mon rayon kilométrique.
J’ai emprunté les sentiers de poussière et de feuilles,
Ai attrapé au vol la larme tourbillonnante d’un tilleul
Et j’ai repris mon chemin vers le centre de Toulouse
Qui s’apprêtait à rejoindre le bleu sombre de la nuit,
Qui s’apprêtait à retourner à son endormissement.

Et si, il y’a près de six mois, Toulouse rayonnait
Des formes et des couleurs d’une peinture orphiste,
Ma ville revêt aujourd’hui les nuanciers de gris
D’un film muet que l’on projetterait sans orchestre.
Alors, si je dois la rejoindre en ce nouveau sommeil,
J’assimilerai toutes les couleurs du Grand Rond de mai,
Toutes ses senteurs, tout son éclat et sa naïveté extatique
Pour que, transcendant le gris, faisant fleurir novembre,
Mes rêves jouent un Ballet mécanique sur la toile de mon esprit.

Fin Mai-Début Novembre 2020

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Rédigé par
Cédric Vallet
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