Jeux floraux, XXVII

František Kupka, "Nocturne", 1910

À qui s’adressent-elles donc
Ces lumières se voulant festives
Qui violent les nuits saturnales
Quand toutes les portes se referment ?
Pour quoi brillent-elles ? Pour quoi et qui
Quand la haute-nuit se déploie
Et que le couvre-feu en a fini
De vider les rues affligées ?
Ont-elles encore un sens,
L’ombre d’un rattachement
À des festivités millénaires,
Ou ne sont-elles pas déjà
Que les écœurants reflets
De ces vitrines parjures
Où le faux et la marchandise
S’érigent en vaines idoles
Qui confondent l’indigence
De cette époque imbécile
Plus misérable que coupable,
Plus méprisable que damnée,
À l’image du fétiche impur
Qu’elle s’est choisie et chérit :
Un grossier seigneur en stuc,
Un veau de plastique et de néons.

Je rentre en évitant soigneusement
De me mêler aux foules qui se massent ;
Je n’ai pas le cœur à traverser la ville,
Ne ressens plus ni plaisir ni aspiration
À sentir l’hiver gifler mon visage
Tandis que je porte les lumières
De toutes les antiques célébrations
De Saturne et du Solstice des ténèbres
En mon cœur et sur mes lèvres.
L’ère est une longue plainte,
Un sacrifice absurde et constant
De la chaleur, de la grandeur et des sourires
Pour le gain d’un repas immanent et outrancier
Noyé de pétrole et d’hormones de croissance.

Pendant ce temps-mort,
Le halo poursuit-il son œuvre
Dans le désert urbain des rues
Ou a-t-il la décence de se plier
Sagement au silence collectif ?
Les lumières s’agitent-elles
En une parodie de Noël
Ou assument-elles l’extinction
De cette dépouille-monde
Qui exhale sa misère humaine ?

Pareil aux feuilles de platane du Quai Lombard
Asséchées, asphyxiées, recroquevillées au sol,
Je ne suis qu’un repli, une retraite lasse,
Tentant d’atteindre dans le cœur même de la nuit
Ce vide absolu, cet épuisement définitif,
Dans lequel succomber à un repos véritable
Plutôt que de persévérer en cette vie factice.

21-23 décembre 2020

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Rédigé par
Cédric Vallet
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