Jeux floraux, XXXII

William H. Johnson, "Arbres fruitiers et montagnes", 1938

« Il est un coin de France, où le bonheur fleurit… »

L’arrière-pays basque s’ouvre comme une fleur.
Il ajoute à sa toile verte et bosselée
Les pétales blancs des arbres fruitiers.

Dans chaque village, sous le grand ciel clair,
Les boiseries typiques des maisons labourdines
Projettent leurs scintillements colorés.
Convoquant le rouge, le vert et le bleu,
Elles improvisent une bannière qui célébrerait
Sur le blanc tranchant de leur façade
La terre, la montagne et l’océan Atlantique.

Le printemps paraît créé pour ce pays,
Créé pour alimenter sa beauté évidente
Et un rayon de soleil suffit, après la pluie,
Pour embraser les collines et le pavé d’Espelette.

En s’échappant, une seule goutte de rosée
(plus puissante encore que les fleuves côtiers)
Pourrait reconstituer un semblant d’océan
Dans le cœur même des fleurs d’arbres fruitiers.

Les routes serpentent en se rapprochant des Pyrénées
Et l’eau est partout, de la Nive au plus mince torrent.
Peu après La Rhune et ses impressions de Bigorre,
L’océan paraît au loin. Il se détache de la terre
Et répond d’un bleu plus profond à celui du ciel.
En cet horizon, un autre monde est en gestation…

*

… à Hendaye, la Bidassoa surgit du pays
Et se jette dans l’Atlantique en suivant
Le sentier de pierre construit pour elle.
Au-delà, avant les collines, c’est l’Espagne,
La Guipuscoa, l’approche de Saint-Sébastien
Et toute la Communauté Autonome du Pays Basque.
Au-delà ce sont les Asturies et les Castilles,
Madrid, l’Estrémadure, l’Andalousie et Gibraltar,
Le Portugal, la Galice et Saint-Jacques-de-Compostelle.
Au-delà, ce sont les dernières balises européennes
Avant l’Afrique au Sud et l’Amérique au large à l’Ouest.

C’est tourner le dos au monde
Que de refuser cette frontière
Mais c’est plonger dans les rêves
Écumeux que chaque vague écrase
Contre la Corniche d’Urrugne.
C’est tourner le dos au monde
Pour contempler une illusion
(car c’est ainsi que paraissent
les grâces du littoral basque).

Et, dans le fond de la baie qu’ils partagent,
Luisent toujours Ciboure et Saint-Jean-de-Luz
Et, dans son architecture balnéaire, sa foule,
Ses rochers de piété et ses plages caractérielles,
Biarritz reste fidèle à son charme d’iode nacrée
Qui la couronne autant comme perle que coquillage.

Tout est beau, grand, calme, puissant et humble
Et tout invite au repos comme il pousse au départ.
Ne seraient-ce les masques qu’il faut bien porter,
Tout en cette tension pourrait féconder une utopie,
Un merveilleux contre-temps ou un curieux paradis.

Alors, qu’importe si la pluie nocturne
Se répand sur les vallons d’Hasparren ;
Le ciel d’encre compose sur les nuages
Des aquarelles de pétales et d’écume.

Mi-mars 2021

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Rédigé par
Cédric Vallet
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