Jeux floraux, XXXVI

Auguste Renoir, "Bal du moulin de la Galette", 1876

Sur les trottoirs
bondés
Le jour
tombe
doucement

Les terrasses retrouvent vie
Et la pagaille humaine rejoue
Ce qu’elle a de plus fraternel,
De plus imbécile, infirme et léger.

Les tables se multiplient sur les places.
Elles s’étendent jusqu’à la chaussée
Et exposent au fort soleil déclinant
Les assoiffés avides du moindre rayon de vie.

Il n’est pourtant pas encore question
De traverser la nuit plein de défi
Pas plus qu’il n’est encore question
De servir de grandes effusions :
Il ne se trame qu’une respiration,
Qu’une courte danse avec le crépuscule.
La mèche n’aboutira pas à une explosion,
Elle mourra en se confondant avec la nuit.

Il m’est pourtant si doux de vadrouiller
En sentant le soleil perler sur mon front,
En sentant me coller le tissu de ma chemise,
En aspirant quelques effluves égarées
Des cocktails colorés, du houblon poussiéreux…
Il m’est si agréable de flâner à travers la ville
Sans trouver la moindre chaise libre où faire escale,
Sans encore projeter les spores de mon ivresse
Sur l’autel décrépit d’une vitalité luxuriante.

Le jour tombe doucement
Sur les trottoirs bondés
Et toute la ville simule
Une célébration infinie
De la vie douce et bonne
Comme les champs fleuris
Du Lauragais, de la Bigorre,
Des Pays d’Olmes et du Gers,
Du Couserans et du Quercy.
Le jour tombe doucement
Sur les trottoirs bondés
Et toute la ville plagie
L’abondance de Prairial
Célébrée dans tout le pays
Par des fêtes paysannes.

Étranges couche-tôt, curieux héliotropes,
Nous nous accordons encore avec le soleil
En attendant de nous plonger avec appétit
Dans les secrets bien gardés de la nuit.

28 mai 2021

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Rédigé par
Cédric Vallet
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