Jeux floraux, XXXVII

Alma Thomas, "Snoopy voit la Terre enveloppée dans le coucher du Soleil", 1970

De ses baisers ardents
Le soleil laisse des vestiges
À ma peau qu’il bénit.
Il jaillit sur elle par stigmates
Lui imprégnant sa marque estivale
En y formant d’épaisses cicatrices.
Il y’a des morsures dans ses baisers…

Sous l’averse de ce feu doré
Je m’échappe d’une place à l’autre
À la recherche de l’ombre
Naissant des feuilles-fougères
(des acacias dociles),
Naissant des feuilles-orties
(des majestueux micocouliers),
Naissant des feuilles stellaires
(des platanes tyranniques).

Vagabondant comme un Ulysse ivre,
Mon océan est un soleil plus saoul encore
Qui frappe et frappe nos visages tuméfiés
Et à qui nous lançons pour nous défendre
Des pierres en verre pleines d’Ambroisie.
Vagabondant comme un Ulysse ivre,
Mes escales sont des îles florales
Qui se dressent, sombres et solennelles,
Depuis leurs falaises d’écorces
Jusqu’à leurs cimes, ces pics verts et brûlants.

Navire sans boussole ni gouvernail,
Les points cardinaux ne me parlent
Qu’en chantant la langue de Mistral.
J’erre donc de soleil en soleil,
Aspire, exaltant, tous les vents
Et m’éveille en plein ponant…
C’est à l’oreille que j’avance,
C’est une mélodie qui m’oriente.

Mes yeux sont gavés des beautés
Généreuses, idylliques et luxuriantes
De ce mois de juin si féminin.
Jusque dans le fond de la nuit
Fourmille une lumière moite
Pleine d’une outrance païenne
Au carrefour de la vie
Et de la mort ritualisée.

Non, je ne suis pas frappé d’insolation,
Je ne suis pas délirant ni étourdi
Par le renfort de quelque substance ;
Je ne suis qu’un être bouillonnant
Dont l’incandescence ne peut plus somnoler.
Affamé d’aubes, sevré de crépuscules,
Je pourchasse par la Garonne
Et par les murs poudreux
Une effusion psychoactive,
Un dérangement absolu,
Une ascension vers l’azur
Grandiose et limpide
Où se renverseraient
Les cycles entrelacés
Jusqu’à ce que nos mains
Puissent à nouveau se mouvoir.

Affamé d’aubes, sevré de crépuscules,
Je ne désire pour mon salut
Qu’une extraction, corps et âmes,
De mon incendie intime
Afin qu’il puisse communier tout à fait
Avec le grand brasier
Qui danse en remuant le monde entier
Et qui danse sans autre finalité
Que de renverser ce monde tout entier.

qu’il tombe,
oh oui,
qu’il tombe
ce monde
finissant,
qu’il tombe
qu’il tombe
et que,
emporté
par sa
chute,
tout,
tout alentour,
tombe
avec lui…

Que tombent les alcools,
Les drogues, les arômes,
Les saveurs, les couronnes,
La vie libre, l’endurance,
Les petits matins épuisés,
Les troubles infinis, les noces
Et l’insomnie inconsidérée…
Que tombe la grande ville,
Son vide, ses compromissions,
Ses devises et ses chapelles ;
Resteront cet océan de soleil
Et l’ombre généreuse et salvatrice
Des grands archipels végétaux
Qui ceinturent la tectonique toulousaine.

9-10 juin 2021

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Rédigé par
Cédric Vallet
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