Toulouse, le 18/12/2018

La littérature et les sciences humaines constituent depuis longtemps mes deux centres d’intérêt principaux. Ou, plus précisément, parmi les domaines qui retiennent mon attention en ce bas-monde, ce sont les deux auxquels il me paraît le plus légitime de consacrer des efforts pour en faire une source de partage. Ce qui revient à dire que je n’assume pas encore l’idée d’occuper mes journées à bloguer sur les pizze (ouais, je le mets en italien si j’en ai l’envie), l’évolution des techniques d’entrée en mêlée du pilier gauche, la typologie des cactus ou l’intérêt chimico-gustatif des glaçons dans le whisky. Tout cela pourrait alimenter mon inspiration pendant des heures, mais également vous ennuyer en quelques secondes…

Sur ce blog, je m’en tiendrai donc à la littérature, mais la populaire, pas celle des chaires universitaires. Celle qui fait du réel son matériau et ne lui accorde aucune concession. Il y a dans cette littérature, dont le roman noir est pour moi le poumon, une science de l’homme bien plus essentielle que dans tous les travaux ouvertement présentés comme « intellectuels ». Et c’est une réelle cure de santé pour l’esprit que de s’en occuper avec tout le sérieux que méritent les loisirs.

Mon parcours

« Lettres et sciences humaines » : c’est naturellement le domaine que j’ai choisi d’étudier une fois le bac en poche, d’abord en classes prépa’ (hypokhâgne-khâgne), puis au sein de l’institution universitaire, à Sciences Po et en Master de philosophie. Un parcours assez classique pour qui s’intéresse aux humanités et n’est pas capable de choisir une discipline plutôt qu’une autre. En six années d’études, j’ai beaucoup appris, mais plus sur la nature des hommes et la teneur du savoir réel, celui qui nous aide à nous situer dans le monde, que sur les débats théoriques éthérés, dont j’ai rapidement oublié les arguments les plus sophistiqués.

Mes diplômes pas encore accrochés au mur, j’ai foncé tête baissée dans l’univers de l’entreprise, ou plutôt dans une version édulcorée de cet univers, puisque j’ai intégré, par le bas de l’échelle, le doux monde de l’édition en sciences humaines. Une PME familiale, référence dans le domaine de la psychologie et des sciences sociales. Un éditeur sérieux, respectée par ses pairs. Mais, à vingt-trois ans, le nez dans le guidon, on n’oriente pas toujours son ambition vers la bonne cible. Attiré par les responsabilités, j’ai sauté sur un poste de cadre dans l’édition à compte d’auteur. À l’époque, je ne savais même pas ce que désignait cette expression. Quelque six ans et trois mois après, je m’en suis fait une idée assez concrète. Et j’en ressors surtout convaincu que la réalité de l’édition est bien plus complexe qu’on le dit à longueur de threads de forums d’écriture. De la littérature et des intérêts financiers, il y en a dans le compte d’auteur comme dans le compte d’éditeur. Dans les deux cas, on déplace le curseur entre ces deux pôles au gré des contrats. Mais le talent et l’intégrité ne sont pas toujours là où l’ont se plaît à les imaginer. Un jour, je prendrai peut-être le temps de revenir sur cette question…

Aujourd’hui, après un détour rapide par les cases ghostwritter et consultant, j’ai quitté le monde de l’édition et j’exerce dans le référencement SEO, essentiellement en tant que rédacteur web, mais pas uniquement. Je suis indépendant, payé à la mission. J’ai ainsi retrouvé du temps pour lire, un luxe que, paradoxalement, je pouvais rarement m’accorder lorsque j’étais payé pour accompagner des auteurs.

Je nourris aussi de manière plus ou moins assumée le désir de passer de l’autre côté de la plume. Mais il me faut d’abord renouer avec le souffle de la langue, le rythme des mots, ceux de la littérature et non du marketing. Il me faut retrouver de la densité dans le regard que je porte sur le monde. Je crois qu’il fut un temps où j’en avais, mais l’éloignement des textes me l’a fait perdre. Alors j’ai créé ce blog, comme une béquille, avant tout pour me réhabituer à fréquenter la littérature en lecteur, pour restaurer en moi l’hygiène mentale du lecteur.

Pourquoi « Table rase » ?

En premier lieu pour le sens méthodologique de la tabula rasa, pour le nouveau départ, la renaissance, pour faire table rase. Comme le valeureux Descartes, qui entreprit de faire l’impasse sur ses années de formation, sur des années d’accumulation de représentations du monde, afin de bâtir un nouveau rapport au monde, plus personnel, plus solide, plus lucide. Effacer la tablette de cire, réinitialiser le logiciel et tout recommencer.

Mais aussi pour le sens ontologique que les philosophes ont donné à cette tabula rasa, pour rejeter le caractère inné des idées, qui seraient léguées en majesté par la tradition et auxquelles il faudrait se plier. La table rase, c’est le regard de l’enfant, encore vierge de toute idée préconçue. C’est la curiosité à l’égard du monde, l’ingéniosité dans ce qu’elle a de plus vivifiant pour l’esprit.

À l’heure où j’écris cet « à propos », j’ai la chance de pouvoir réorienter mon existence et je veux le faire sous le signe de la table rase. Je veux me recentrer sur mes intuitions pour mieux embrasser l’extériorité. Je veux éprouver ma liberté.

Fermer le menu
libero dapibus lectus id elementum Curabitur ut tristique sem, Nullam ipsum