Kessel : Rendre justice à l’histoire, rendre justice à l’homme…

Antonio Ciseri, "Ecce homo", 1871

Dès la préface de la biographie qu’il consacre à son ami, l’aviateur Jean Mermoz, Joseph Kessel se fait le champion de la fraternité. Il y évoque avec lucidité la difficulté de rendre justice au héros. Parce qu’un être est plus complexe que les figures monocéphales flottant autour du Bien et du Mal, parce que les détails des gestes d’une personne n’ont pas à être tus mais ne devraient pas plus éclabousser le mérite de celui dont le principal crime reste de n’être qu’humain…

« Je sais de toi des traits et des actes qui n’appartiennent qu’à nous. Certains d’entre eux, je voudrais les dire ici. Pour violents qu’ils soient et charnels et choquants peut-être aux yeux du vulgaire, ils me semblent te peindre aussi bien que tes exploits. Tu étais un homme et non une statue. Et de là venait ta grandeur, ton exemple.

Ai-je le droit de me servir de mes découvertes, de tes confessions ? Où passe la ligne de partage entre l’exigence du vrai et l’indiscrétion inutile ? Je pense que rien n’est à cacher des mouvements d’un sang qui est profond et pur. Tu le pensais aussi. Mais les autres, ceux pour qui je voudrais faire resplendir ta complète, ton humaine vérité ? Que suis-je capable de leur faire comprendre et accepter ? »

Joseph Kessel, Mermoz, 1938

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Rédigé par
Cédric Vallet
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