Les pompiers au secours du peuple

pompiers contre CRS 5 décembre 2019
Maximilien Luce, "Massacres de l'armée versaillaise au cours de la Semaine sanglante", 1871

5 décembre 2019, Paris (place de la République).

Le peuple français bat une nouvelle fois le pavé pour tenter encore et toujours d’arracher à ses représentants institués en caste un petit morceau de ciel bleu. Tous les palais de la république ne suffisent plus à abriter la gloriole débordante de la cour députationnaire.

À la télé, des élus entripaillés promènent leur infâme satisfaction dans les labyrinthes du pouvoir. Dedans, tout est lumière et abondance. Versailles va grand-train ! La demeure des rois brille de mille feux artificiels pour ne pas s’infliger le spectacle du brasier des enfers qui avale le monde derrière ses jardins bien ordonnés. Dehors, les poumons de la nation cherchent un nouveau souffle. Ils consomment un peu de l’oxygène qui se fait rare sous le ciel noir de l’époque, pour se donner, peut-être une dernière fois, l’illusion de la vie. Mais la mort par asphyxie attend au coin de la rue.

La France est conduite au bûcher par ses exécuteurs des hautes œuvres, qui ont fait main basse sur sa souveraineté, et rien ne semble pouvoir éteindre cette haine enflammée qui pleut sur elle par les mâchicoulis des remparts de la bourgeoisie. Les forces de l’ordre encerclent, matraquent, tabassent, sans distinction aucune. Tous y passent, des plus jeunes aux plus âgées, des corps les plus robustes aux anatomies les plus précaires. La raison d’état fait feu de tout bois.

Brisez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens.

Mais, en lieu et place de dieu, il faudra se contenter de ce grand Capital dont le culte réifie chaque parcelle de l’existence, transforme tout en marchandise, jusqu’aux âmes les plus innocentes.

Et si Dieu, aujourd’hui, pour un fois, choisissait le camp des opprimés ?

S’il insufflait ici-bas la force de déplacer les montagnes de billets sur lesquelles se tiennent les bourreaux du peuple, de brûler ce papier de malheur qui n’a jamais servi qu’à payer le sang que les dominants boivent à même la plèbe.

Et si ces soldats du feu inébranlables qui se sont positionnés en tête du cortège rédempteur étaient les anges envoyés par Dieu pour aider au rachat du genre humain ?

Le cours actuel de l’espèce ne doit pas être bien élevé sur les marchés financiers. Peut-être même qu’un peu d’espoir et de dignité suffirait à faire du conglomérat des opprimés l’actionnaire majoritaire de l’humanité ? Il a déjà le nombre et le pouvoir d’agir, la majorité et l’action. Il ne lui reste donc qu’à faire pousser en lui suffisamment de confiance pour devenir cet actionnaire majoritaire.

Le ralliement des pompiers peut-il fournir ce ferment de confiance ? À l’évidence, oui.

L’armée et la police sont les deux boucliers de l’exécutif. Les pompiers sont le bouclier du peuple, car, contrairement aux deux organes du corps d’État précédemment cités, ces derniers protègent indépendamment de toute politique. Chaque jour, ils accourent au secours des malades, des accidentés, des personnes en danger. Chaque jour, ils tiennent la mort à distance des plus démunis. Ils sont avec le peuple quand les troupes versaillaises sont avec ceux qui ont usurpé sa représentation. Ils sont la vie quand elles sont la mort.

Pour éprouver la portée métaphysique de leur force tranquille, il faut les voir, ce 5 décembre 2019, place de la République (ça ne s’invente pas !), progresser impassibles, traversés par une morale de saints, au-devant de CRS ahuris. Il faut voir leur air inspiré, leur pas olympien, leurs casques rutilants qui percent le nuage lacrymogène irrespirable, leurs mains pacifiques hissées au-dessus de la tête et le regard effaré des policiers qui battent en retraite.

Qu’on ne s’y trompe pas, tous les policiers ne sont pas des allumeurs de feux. Il y a aussi, dans les forces de l’ordre, des partisans du peuple. Il y a, dans les forces de l’ordre, ceux qui, bientôt, renverseront l’ordre. Car, lorsque ces pompiers contrariés qui vivent parmi les policiers se révèleront au grand jour, quand ces pompiers en puissance gagneront les rangs des pompiers en actes, les canons de l’oppression feront long feu.

Pschitt !

Partager
Rédigé par
Julien Chabbert
Voir tous ses articles
Laisser un comentaire

Rédigé par Julien Chabbert

Restons en contact :

Newsletter

Ne ratez rien de nos actualités en vous inscrivant à notre lettre d'information.