« Pour sauver la planète, arrêtez de faire des gosses ! »

Francisco de Goya, "Saturne dévorant un de ses fils" (détail), 1819-1823

Qui n’a pas eu à supporter cette triste réinterprétation contemporaine de l’hymne Malthusien du contrôle des naissance ? Sur fond de croissance démographique quasi-exponentielle depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, cet alarmisme déterre la grande peur que la démographie vienne menacer la prospérité humaine. Mais, cette fois-ci, en la modulant sur une thématique écologique. Face aux perspectives d’effondrement des écosystèmes tels que nous les connaissons, un courant de pensée en croissance tend à adopter un regard nouveau sur les générations à venir. Il ne s’agit en effet pas tant de plaindre ceux qui s’apprêtent à hériter d’un futur si compromis, mais de tenter de budgétiser par avance le coût des émissions-carbone que ces petits pollueurs en devenir imposeront à leurs parents.

Fascinant tête à queue logique, il n’est pas moins fascinant de voir comment cette idée a réconcilié des groupes de pression si radicalement opposés. Car, s’il est une cuistrerie pour mettre d’accord le spectre entier du prêt-à-penser, c’est bien celle qui voit en la multiplication des bébés l’un des dangers (si ce n’est le danger) qui menacent l’humanité.
Si celle-ci a connu un regain de popularité sous l’influence initiale d’écologistes de cette gauche ayant si bien assimilé le libéralisme sociétal de la bourgeoisie mondialisée et l’agit-prop creux de la pseudo-anarchie en hoodies noirs, il n’a suffi à de braves conservateurs se redécouvrant une fibre de gardes-champêtre que de déplacer le sujet pour s’en emparer. Pour eux, les problèmes ne sont pas tant les nouvelles naissances en général que la natalité « galopante » (il faut dire galopante) du continent africain. Natalité si galopante qu’elle en viendrait à menacer la soutenabilité de la vie humaine sur Terre.
Comme très souvent, si nos philistins des deux camps se persuadent qu’ils se mènent une guerre idéologique totale, ils partagent en réalité le même creuset de pensée-automatique. Ils peuvent s’échopper autant qu’ils le veulent sur les menus détails qui les fâchent, ils n’en restent pas moins les deux faces d’une même pièce et les préalables des uns construisent ceux des autres.

Car blâmer les naissances sans jamais envisager que le grand basculement démographique des dernières décennies est le vieillissement des populations (en se gardant d’interroger les conséquences politiques d’une telle évolution sur la vitalité et la possibilité de la contestation sociale — on ne répètera jamais assez que les entités politiques où se font des révolutions sont marquées par une population moyenne très jeune) est aussi aberrant que de tenter de faire croire que, dans un monde où les huit hommes les plus fortunés possèdent autant que la moitié la plus pauvre de l’humanité, la responsabilité dans le dérèglement climatique et l’anthropocène seraient à mettre au débit de ces-derniers.
Plus largement, ce que signale cette obsession à vouloir contenir (voire réduire) la population mondiale, c’est une incapacité à prendre l’ensemble de l’enjeu à bras-le-corps. Plutôt que de questionner les fables du faux-confort et de l’opulence-fumeuse de nos sociétés de consommation, plutôt que d’interroger l’utilité et les conséquences réelles de nos activités économiques, on préfère croire dans le mythe qu’un mode de vie insoutenable pourrait ne pas épuiser les ressources si l’on acceptait, tout simplement, d’être moins nombreux.

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Rédigé par
Cédric Vallet
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